Un dirigeant radié d’une société peut continuer de voir son nom affiché sur Pappers, même après la mise à jour des registres officiels. La demande de retrait d’informations personnelles, pourtant encadrée par le RGPD, impose des démarches spécifiques et reste soumise à l’appréciation de la plateforme. Un effacement automatique n’existe pas, malgré la législation sur la protection des données.
Certaines catégories d’informations bénéficient d’un traitement différencié selon leur origine ou leur caractère public. Les recours, parfois méconnus, permettent de limiter l’exposition, mais impliquent une parfaite connaissance des procédures et des délais légaux.
Pourquoi vos informations apparaissent sur Pappers : comprendre la diffusion des données personnelles
Nul besoin de manœuvre obscure pour que votre nom se retrouve sur Pappers : tout commence dès l’immatriculation au registre national du commerce et des sociétés (RCS). À ce stade, une quantité de données est transmise : identité des dirigeants, statuts, adresses, comptes annuels, et bien d’autres encore. Ces informations tirées de sources officielles, Insee, Infogreffe, se retrouvent dans l’open data, accessibles de tous.
Pappers se contente d’agréger ces informations d’entreprise pour les restituer sur son site. La plateforme s’appuie sur des fichiers CSV et des API publiques, déposés régulièrement par les administrations. Objectif annoncé : favoriser la transparence économique, offrir une vue directe sur l’historique et les modifications statutaires de chaque société française.
Concrètement, voici comment ces éléments sont collectés et diffusés :
- Les documents tels que statuts, actes, comptes, proviennent en direct du greffe, sans intervention humaine de la part de Pappers.
- Les informations sur les dirigeants s’affichent automatiquement dès qu’un dépôt est effectué auprès du RCS.
La diffusion massive de ces données n’est pas un accident : elle répond à une volonté politique claire de garantir la fiabilité de la vie économique et de permettre à tous de contrôler les entreprises. Dès qu’une modification ou une création est enregistrée au greffe, Pappers relaie l’information sans filtre. Tant que votre nom figure dans les sources officielles, la plateforme le rend visible. Pas d’exception, pas de passe-droit : la mécanique est rodée et automatique.
Peut-on vraiment disparaître de Pappers ? Ce que dit la loi et les limites à connaître
Le droit à la protection des données personnelles, érigé en principe avec le RGPD, se heurte à une réalité : la publicité légale prévaut sur la confidentialité pour tout ce qui concerne la vie des entreprises. Dirigeants, bénéficiaires effectifs, comptes annuels : la publication est la règle, les exceptions sont rares et codifiées.
En France, la loi prévoit quelques ajustements pour préserver la vie privée. Par exemple, les comptes annuels de certaines petites sociétés peuvent rester confidentiels si la demande a bien été formulée lors du dépôt au greffe. La liste des bénéficiaires effectifs, depuis 2022, n’est plus librement accessible à la suite d’un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne. Mais ces cas restent l’exception. La majorité des informations personnelles publiées concernant une entreprise restent visibles, Pappers ou non.
Les cas d’effacement ou de restriction : cadre strict
Voici dans quels cas la suppression ou la limitation des données devient envisageable :
- Suppression possible uniquement sur injonction judiciaire, notamment en cas d’usurpation d’identité ou de menace réelle sur la sécurité d’un dirigeant.
- Le droit à l’effacement reste restreint : une gêne personnelle, même légitime, ne suffit pas pour obtenir le retrait.
Pappers ne fait qu’appliquer la réglementation : sans décision de justice ou disposition spécifique, la plateforme poursuit la diffusion des données issues des sources officielles. Même le cofondateur Pierre Fruchard l’affirme : l’équipe ne peut pas masquer arbitrairement des informations publiques. Pour un dirigeant, disparaître totalement de Pappers relève de l’exception, dans des cas très précis et encadrés.
Étapes concrètes pour demander la suppression ou la limitation de vos données sur Pappers
Demander l’effacement ou la limitation de vos données sur Pappers répond à une procédure précise, dictée par la réglementation en matière de données personnelles. Avant toute chose, il faut cibler exactement quelles informations vous souhaitez voir retirées : nom, adresse, mandat de dirigeant, comptes annuels… Ce repérage précis oriente la suite de la démarche.
Première étape : formuler une demande officielle auprès du service dédié de Pappers, via l’adresse e-mail indiquée sur leur site. Pensez à joindre tout justificatif légal ou décision judiciaire appuyant votre requête. Les motifs recevables s’appuient sur le droit à l’effacement ou le droit d’opposition, mais seule une base solide, jugement, anonymisation, menace démontrée, permet d’espérer une issue favorable.
L’équipe Pappers examine chaque dossier au cas par cas. Si la demande n’est pas légalement fondée, elle sera refusée. Si besoin, un recours auprès de la CNIL ou la saisine d’un juge restent envisageables. Par ailleurs, certaines modifications statutaires, notamment pour les comptes annuels confidentiels (sous conditions de taille de société), peuvent limiter la diffusion d’informations sur la plateforme.
Autre levier : limiter la visibilité sur les moteurs de recherche avec le déréférencement Google. Retirer des éléments sur Pappers ne les fait pas disparaître de Google. Pour cela, il faut remplir le formulaire spécifique de déréférencement proposé par Google, en appuyant la demande sur une décision de justice ou un motif solide dans le cadre du RGPD.
Gérer sa visibilité en ligne : conseils pratiques et alternatives pour protéger ses informations
La circulation des données personnelles n’est plus à prouver ; la question est désormais de savoir comment reprendre la main sur leur diffusion. L’accès simplifié à l’information, via Pappers notamment, modifie en profondeur les pratiques dans l’immobilier, la gestion d’entreprise ou la recherche de futurs partenaires. Si la rapidité d’accès séduit, elle s’accompagne d’une exposition accrue de la vie privée et d’éléments sensibles.
Pour préserver la confidentialité, mieux vaut s’appuyer sur une stratégie globale et diversifiée. Voici quelques leviers à activer :
- Réglez soigneusement vos paramètres de confidentialité sur les réseaux professionnels et personnels. Sur LinkedIn, Facebook ou X, la vigilance s’impose : le croisement d’informations est fréquent.
- Contrôlez la publication de vos comptes annuels et documents sensibles, en profitant si possible des dispositifs de confidentialité réservés aux petites entreprises.
- Mettez en place des alertes Google pour être informé sans délai de toute nouvelle mention de votre nom ou de celui de votre société.
Protéger sa vie privée est une démarche qui s’inscrit dans le temps. Modifications statutaires, anonymisation des bénéficiaires effectifs, diffusion limitée des comptes confidentiels : autant d’actions concrètes qui complètent la demande de suppression classique. Le paysage évolue rapidement : avec des offres comme le freemium radical de Pappers, la concurrence pousse à une plus grande finesse dans l’accès aux données.
Dans l’immobilier, secteur fortement exposé, la tension entre transparence et préservation des acteurs est permanente. Les professionnels, confrontés au régime de publicité légale, auraient tout à gagner à intégrer ces réflexes à leur gestion de l’e-réputation. Car dans ce jeu d’équilibre, c’est la vigilance et l’anticipation qui dictent la prochaine étape.


